vendredi 20 octobre 2017

Girls in Hawaii – Nocturne #girlsinhawaii



Cela fait maintenant plus de 10 ans que les belges de Girls in Hawaii sont là pour représenter fièrement la pop belge (la concurrence n’est pas hyper rude, mais quand même). Leur ambition a toujours été de s’orienter vers Radiohead. Et à chaque album on peut dire qu’ils s’en rapprochent. Le dernier album était marqué par le deuil et proposait donc peu de lumière, celui-là même s’il se nomme Nocturne fait rentrer un peu la lumière de la lune. Tout d’abord en laissant entrer un peu d’électro dans leur production. Pourtant ça commence plutôt classiquement avec le très cinématographique This Light, plutôt aérien et bien écrit. On enchaine avec Guinea Pig qui hormis son ouverture vocodée est aussi plutôt classique. On poursuit sur du Radiohead pur jus avec les couplets de Cyclo, aussi très classique dans l’instru, même si les claviers entre doucement. Mais petit à petit les boucles s’invitent à la fête jusqu’à proposer avec Walk un titre entièrement électro plutôt bien fait. On pourrait se focaliser sur cette entrée de machines mais ce serait faire fausse route. Les claviers ne sont pas une fin en soi, les chansons marchent d’elles-mêmes avec ou sans clavier. L’album est plutôt agréable, doux et homogène, à tel point qu’il est difficile d’en sortir un tube potentiel. Après plusieurs écoutes, Walk apparait comme une évidence, Guinea Pig, Cyclo et This Light aussi, Blue Shape et sa rythmique hip hop presque trop légère compte tenu du sujet passe bien, tout comme Up On The Hill qui conclut l’album dans le calme.
Girls in Hawaii continue donc sa route, sans trop de prétention mais avec sérieux.

 

Rostam - Half-Light #rostam


Rostam Batmanglij, ça ne vous dit rien ? Bon évidement une fois que vous aurez écouté cet album vous allez tout de suite deviner d’où sort cet artiste. C’est l’ancien cofondateur, claviériste et producteur de Vampire Weekend. Et ça s’entend. D’ailleurs maintenant que j’y pense ça me fait très peur pour la suite de Vampire Weekend…
Mais revenons à Rostam, et à cet album Half-Light, qui est donc très Vampire Weekend : Pop, sautillant, friand d’ouverture de production et de nouveaux sons, d’imports caribéens et de mélancolie au chant. J’accroche direct ! Vous me direz donc, mais c’est l’album de l’année !
Oui et non. Premièrement parce que tout l’album n’est pas bon et aurait sérieusement mérité d’être étayé de tous les titres dispensables : I Hold You son vocoder et son RnB, Don’t Let It Get To You et sa batucada qui va trop loin, When et ses effets fatiguants, bon aussi je n’adhère pas du tout à la musique indienne de Wood. Déjà que j’ai du mal quand c’est George Harrisson qui le fait, et Dieu sait que j’aime Georgio… Après si on fait son marché et qu’on ne choisit que 7/8 titres sur les 15 on a quelque chose d’absolument génial (OK c’est un avis hyper personnel, et je suis un fan de Vampire Weekend). Summer ouvre magnifiquement l’album avec des clochettes très noël et très Beach Boys, Bike Dreams très pop et sautillante, est une pop song parfaite, Half-Light est l’un de mes coups de cœur de l’année, une magnifique balade traitée de façon moderne, Rudy décompose et réinvente le rocksteady à la perfection en le replaçant en Californie, Thatch Snow est une balade magnifique, Never Going To Catch Me et Will See You Again sont dans la même veine même si moins marquantes.
Allez, je me remets Half-Light !



Neil Young – Hitchhiker #neilyoung

 

Et si l’un des meilleurs albums de l’année avait déjà plus de 40 ans?

Ce mois-ci un petit miracle archéologique vient de se produire : l’exhumation de Hitchhiker, un album de Neil Young enregistré en 1976 et jamais sorti. Ce n’est pas vraiment les titres qui sont nouveaux, la plupart se sont retrouvés sur de futurs albums, c’est leurs versions, ultra folk, dépouillées, guitare voix, magnifiques et incarnées. Bref dans un style Harvest, avant le changement plus électrique qui donnera les versions suivantes de Pocahontas, Powderfdinger, Human Highway ou Hichhiker.

Cet album dépouillé, avec juste la voix magnifique de Neil Young, une guitare, un harmonica et un piano et surtout des titres exceptionnels, nous rappelle comment Neil était et est toujours d’ailleurs (même si Monsento lui monte un peu à la tête) un magicien.

Bref, écoutez l’album et bienvenue à Malibu en aout 1976, dans le studio pour la nuit avec Neil. En toute intimité.

 

lundi 9 octobre 2017

Nick Mulvey – Wake Up Now #nickmulvey


Cucurucu avait été estampillé tube de l’été 2014 par mon beau-père. Sa définition du tube de l’été n’est pas vraiment la même que celle de FUN Radio ou Virgin Radio, mais moi je préfère la sienne. On y trouve des groupes forcément pas connus comme Beautiful South, des gars comme Max Jury aussi. Bon des fois il y a des gens connu aussi, mais ce n’est pas le critère. Bref Nick Mulvey avait placé un titre de son premier album dans le très prisé classement de Jacques. Très prisé de ceux qui connaissent (et qui d’ailleurs lisent tous mon blog !).
Après 3 ans d’absence et de silence, voilà le bon vieux Nick de retour. Le silence, on le comprend après l’avoir vu sur scène s’excuser mille fois d’être là. Du genre timide le Nick. Cette fois il s’est gouré sur le timing et sort son album après l’été, dommage pour le classement Jacques, car il est encore plus ensoleillé que le précédent.
Son folk se nourrit de plus en plus d’influences africaines et sud-américaines qu’on entrapercevait déjà sur le précédent. Du coup l’album est beaucoup plus solaire, et surement beaucoup plus facile d’accès. Je lui promets d’ailleurs un bon succès. Evidemment, après cette définition, on pourrait le classer en digne successeur de Paul Simon. C’est pas faut, mais pas tout à fait vrai non plus…
L’album commence par Unconditional, très dans l’idée de rééditer le coup de Cucurucu ; Mais comme le temps a passé et que l’intention est là, le morceau parait malgré tout nouveau et très frais, il y a des cuivres latins, des chœurs d’Afrique de l’Ouest, une rythmique laid back, la guitare et le chant folk. Ça fonctionne super bien en plus. Dans le même genre, Mountain To Move prolonge l’idée. L’abum oscille allégrement entre emprunt world et surtout africain et folk plus mainstream. On notera Remembering pour l’extrême world, très afro et très bien. On notera in Your Hand pour l’extrême mainstream, tendance Eagle Eye Cherry (je ne sais toujours pas si cette phrase est un compliment ou une insulte, j’ai une relation compliquée avec cette période de ma vie !). C’est parfois dans la même chanson que le twist se fait, comme sur Myela qui twist au milieu entre un folk plaintif plutôt classique et un afro beat très dansant. Je suis aussi sous le charme de Imogen, très folk, voir un peu soul, plutôt intéressante et surtout de l’intermède Lullaby, 1min16 de grâce.

A défaut d’accompagner l’été, laissons cet album illuminer l’automne qui se fait pressant de l’autre côté du carreau.
 
 


 

The National – Sleep Well Beast #thenational



J’ai découvert The National sur le tard, avec leur dernier album en fait. Fireproof reste d’ailleurs pour moi une référence de chanson pop folk parfaite. C’est donc plutôt intéressé que je guettais l’arrivée de cet album. Hasard du calendrier, il sort au même moment que le dernier Grizzly Bear, un autre monument de l’indie pop US à tendance cognitive.
Quand on pense à The National, on pense tout de suite à la voix de Matt Berninger, très grave, plutôt classieuse, voire hypnotique. On pense aussi à un rock plutôt classe, tout en fragilité et réminiscence smithienne. Bref je me demandais si le groupe phare de l’indie pop américaine allait rééditer l’exploit, voire proposer quelque chose de nouveau et de plus grandiose. Le super single The System Only Dreams in Total Darkness, envoyé en éclaireur avant l’été avait aussi largement attisé l’impatience.
Aller hop on écoute ! On commence avec Nobody else Wil Be There, une très belle chanson, au piano, assez fine, élégante, une petite boite à rythme, rien de très nouveau mais c’est magnifique ! Ultra classe. Mais le château s’est un peu écroulé avec Day I Die, pas mauvaise, mais trop datée, on a l’impression de réécouter un album du début 2000, ça passe mais c’est très peu inspiré. Walk It Back essaie de faire rentrer un peu d’électro sur la voix encore plus grave que d’habitude de Matt, c’est pas mal du tout il faut l’admettre, mais toujours pas au niveau de The System Only Dreams in Total Darkness qui arrive ensuite. Born to Beg réédite l’ajout appuyé d’électro, avec un piano. C’est également un bon titre. Par contre, si on enlève Dark Side Of Gym plutôt bien faite, je suis peu séduit par la fin de l’album : Turtleneck très rock ne me galvanise pas, I’ll Still Destroy You et son final à la batterie plutôt conceptuel non plus, Sleep Well Beast ne décolle jamais et les autres sont plus passe-partout sans être mauvaises.
Je me suis retrouvé un peu déçu avec cet album, surtout sa fin. Qu’on ne se méprenne pas, l’album est bon, mais je m’attendais à mieux, du moins pour certains titres, je m’attendais surtout à plus de nouveauté, ce qui n’est vraiment pas le cas. Et oui, il ne suffit pas de rajouter 2 3 boucles électro pour faire moderne.

Pour conclure, Sleep Well Beast est un album classique, tendance début 2000, mais un assez bon album classique.

lundi 2 octobre 2017

Concert Bon Iver, Salle Pleyel Paris, samedi 23 septembre 2017 #boniver



 Il a fallu aller jusqu’à Paris pour voir Bon Iver, mais ça valait le déplacement. Ce mois de septembre, Bon Iver s’est installé 3 jours dans la salle Pleyel, plus connue pour la musique classique que pour des concerts pop. On a réussi à trouver des places pour le dernier jour, en fosse. 20h sur place, il s’agit d’être bien placé ! Et on va l’être.

C’est ébahis par le côté majestueux de la salle que nous prenons place pour la première partie : Mikaela Davis et sa harpe. C’est du folk. Tout simplement, c’est plutôt joli mais ça ne décolle pas vraiment.

Après une courte pause, Justin Vernon monte sur scène avec son groupe, ils ne sont que 3, et vu ce qu’on va entendre dans les prochaines 2 heures c’est une prouesse exceptionnelle ! Justin s’occupe bien sûr du chant, de la guitare (on en a compté 9 différentes), des claviers, il a aussi un piano, un harmonica et tout un tas de trucs pour bidouiller sa voix. Le bassiste fait aussi saxophoniste, chante et a également un clavier. Le batteur, en plus des fûts et des pads, joue du clavier, du xylophone (ou un instrument apparenté) et chante aussi. Ils sont posés chacun sur une estrade carrée avec tout leur matos.

Le set commence par l’ouverture du dernier album avec 22(OVER SooN), dans une version différente de l’album. D’ailleurs toutes les chansons jouées ce soir seront différentes des versions album, et même différentes des versions de la semaine d’avant (on avait visionné la semaine d’avant le concert en Irlande diffusé sur ARTE visible à la fin de l'article), bref les chansons sont en perpétuelle évolution. Les arrangements sont bien entendu différents, proche de ce que propose le dernier album, plutôt électro, mais la voix est surtout encore plus chargée d’émotion. Il quitte souvent sa voix de tête pour un registre plus grave, qui lui va à merveille (conseil pour le prochain album : creuser le coté plus grave). Et c’est vraiment l’émotion qui domine le set, que ce soit quand il chante a capella, avec vocodeur comme sur 715 – CREEKS ou Woods, ou sans aucun artifice comme sur la déchirante Skinny Love (très dur de retenir les larmes), que ce soit quand la partition est plus soul ou gospel comme sur 8(circle), que ce soit la justesse magnifique de Minnesota, WI et le dialogue avec le saxophone. Et je ne parle pas de la furie contenue, toute en tension de Perth (magnifique), des splendides 666 ʇ, 29 #Strafford APTS et bien sûr Holocene (même si la harpe de Mikaela Davis est anecdotique). En un mot Bouleversant. Le tout est amplifié par un son irréprochable, pas trop fort (peut être pas assez), un light show assez sobre mais classieux et une interprétation parfaite venant de Justin mais aussi des 2 autres musiciens, tout bonnement monstrueux ! Encore une fois, je me demande : comment font-ils pour sortir ce son à seulement 3 personnes… ?
D’ailleurs ce qui est fascinant c’est le silence de la salle, personne ne parle, comme captivés par ce qui se passe sur scène.
Alors effectivement, Justin n’est pas un grand communiquant, ne parle pas ou très très peu entre les titres, mais l’émotion il l’a fait passer ailleurs.
On a vraiment passé un moment hors du temps et hors du commun, une expérience sidérante. Pour vous rendre compte d’à quoi ça peut ressembler, je vous laisse visionner le concert ci-dessous en lien.

Pour conclure, je vais citer Justin Vernon : « It’s not entertainment, it is a fucking spiritual thing ».


Setlist complète :
22 (OVER SooN)
10 d E A T h b R E a s T
715 - CREEKS
666 ʇ
29 #Strafford APTS
____45_____
Woods
Minnesota, WI
Babys
Perth
Holocene
Calgary
33 “GOD”
8 (circle)
Skinny Love

Rappel:
Blood Bank
00000 Million


 
Une vidéo exceptionnelle du concert à Cork quelques jours avant pour se faire une idée :
  

Concert des Flamin’ Groovies, Connexion Live Toulouse, 12 septembre 2017



En voyant les affiches dans les rues de Toulouse, certains ont pensé que c’était un tribute to the Flamin’ Groovies qui passait au Connexion. Mais non ce sont bien les vrai Flamin’ Groovies qui passent dans un petit bar du centre-ville. Ils sont encore en vie ? La preuve que oui.

Alors oui, commençons par un peu d’histoire, parce que tout le monde ne connait pas les Flamin’ Groovies. C’est un groupe américain de rock qui s’est formé à la fin des années 60. Considéré par beaucoup comme les inventeurs du power pop. En effet, sur des bases plutôt pop et mélodiques avec harmonies vocales et compagnie, les groovies introduisent un peu de rock : une rythmique plus enjouée héritée du rock fifties, une basse bien en place et une guitare corrosive pendant que la rythmique très Byrdsienne ne bouge pas d’un poil. Très stroksien vous me direz, effectivement les Strokes pourraient être considérés comme les descendants de Television, qui sont des descendants des Flamin’ Groovies.

Bref après de nombreuses et longues brouilles, les 2 leaders se sont remis ensemble et on même sorti un album cette année. Et les voilà au Connexion en ce mardi soir. Le moins qu’on puisse dire c’est que la moyenne d’âge n’est pas la même que d’habitude. La salle est remplie ce qu’il faut et la première partie envoie bien dans un style Rolling Stones période Sticky Finger. Du Honkie Tonk pur jus avec des mecs qui se font plaisir et qui sont on ne peut plus honorés de faire la première partie des Flamin’ Groovies. Ça sonne bien, c’est sympa, on se sent direct dans un bar du Middle West.

Après une courte pause pour changer les instruments et faire un peu de réglages, le groupe arrive sur scène et commence velu.
 

Parlons un peu du look de Cyril Jordan et de sa magnifique moumoutte, un truc de malade, très Phil Spector dans l’idée, vraiment horrible. Surtout avec sa chemise ultra-slim, boutonnée jusqu’en haut. Chris Wilson est plus conventionnel pour le coup, avec une dégaine à jouer dans un bar, ça tombe bien.

Parlons du son : un vrai mur du son, ça envoie un truc de malade, la guitare au corps transparent de Cyril Jordan lacère tout sur son passage, la basse aussi vaut son pesant de cacahouète. Bon du coup il faudra quelques titres pour avoir un réglage cohérent, et qu’on entende les voix des chanteurs, couvertes par la guitare lead.
En tout cas ça décape, on était dans un vrai concert de rock. Des titres qui envoient, de l’énergie, de la mélodie, de l’autodérision…
 
 
Et ce soir on a eu l’impression de se retrouver dans les années 80, dans un obscur club new yorkais. Les téléphones portables en plus…